La surstimulation est-elle nécessaire au bon développement de l’enfant ?

Avez-vous vu la saison 6 – épisode 5 de la série « Fais pas ci fais pas ça » ? Comédie très « bon enfant », mettant en scène deux familles voisines, dans une rue chic de Sèvres, l’une « bobo » tendance laxiste, et l’autre « traditionnelle » tendance coincée. Dans cet épisode, la famille « bobo » visite, en compagnie de la directrice, « l’École de la nouvelle source », école-pilote dans laquelle ils aimeraient inscrire leur fille de 3 ans… Je retranscris la visite pour vous :

« Ici, c’est la salle d’apprentissage du mandarin, oui, on axe beaucoup sur les langues ici, à partir de 5 ans, tous nos élèves sont trilingues ! Là, vous avez l’atelier finance, où les enfants apprennent à manier les bases du CAC40 et à jouer en bourse. Mon fils de 7 ans a déjà des actions et gère son portefeuille comme un grand ! »

Bien entendu, tout ceci n’est que fiction et exagération. Mais… N’y a-t-il pas actuellement une tendance à la sur-stimulation, et ce, dès le plus jeune âge ? Nous-mêmes ne sommes-nous pas tentés par tout ce qui favorise l’éveil du nourrisson ? Le développement intellectuel de l’enfant ? La réussite scolaire de l’adolescent ? Parfois influencés, ou contraints, par certaines écoles qui se veulent élitistes ? Je ne dis pas que la stimulation est mauvaise en soi, et encore moins qu’il faille laisser nos enfants gambader dans les champs toute la journée, mais la course à l’apprentissage est-elle vraiment nécessaire ? Épanouissante pour l’enfant ? Quel est le bon moment pour enseigner ? L’oisiveté est-elle vraiment la mère de tous les vices ?

Profiter des « périodes sensibles » [1]

Des études en neurosciences révèlent qu’il existe un bon moment pour enseigner au jeune enfant : c’est lorsqu’il est prêt, demandeur, qu’il s’intéresse à un sujet précis, qu’il vous questionne, qu’il marque un intérêt pour un domaine. C’est une période dite « sensible », pendant laquelle l’enfant manifeste une maturation intérieure. C’est le moment de lui répondre, de l’aider, de l’encourager. Par exemple : votre enfant est en grande section et demande à lire, allez-y ! Apprenez-lui ! Durant ces moments privilégiés, le cerveau de l’enfant est hyper réceptif et l’apprentissage est grandement facilité. Ce n’est pas de la sur-stimulation, c’est soutenir, le moment venu, l’activité cérébrale spontanée et naturelle de son enfant. Et c’est source d’une immense satisfaction pour l’enfant qui trouve une réponse à ses interrogations du moment.

Les bienfaits de l’ennui

Jean Epstein, psychosociologue expert de la petite enfance, insiste sur l’importance de ne pas vouloir à tout prix occuper un enfant. Il est essentiel que l’enfant s’ennuie de temps en temps. En découvrant l’ennui et la solitude, l’enfant trouvera par lui-même les idées pour s’en sortir. L’ennui est source de repos, de créativité, de réflexion.

Au nom d’une course à la performance, les enfants n’ont plus le droit ni le temps, de jouer, de rêver ou d’inventer. Etty Buzyn, psychothérapeute, explique, dans son livre Papa, maman, laissez-moi le temps de rêver !, pourquoi le trop plein d’activités paralyse l’imagination, alors que celle-ci est déterminante pour la créativité et pour les facultés d’adaptation et d’innovation. « L’ennui est sain. Le supporter est une preuve de bonne santé mentale. Ce temps où l’enfant cesse d’agir pour se confronter à la solitude lui permet de déployer son espace intérieur », confie-t-elle dans une interview en 1995.

Les dangers de la surstimulation

Stimuler excessivement les enfants peut engendrer chez eux du stress, de l’angoisse, de l’agressivité, une perte de confiance en eux, notamment en cas d’échec, ainsi que la peur de ne pas être à la hauteur des espérances de leurs parents.

Alors laissons du temps à nos jeunes enfants et soyons attentifs à leur soif de savoir qui ne colle pas toujours avec le « programme » que nous avons établi pour eux ! (Aleteia.org)

[1] Céline Alvarez, Les lois naturelles de l’enfant, 2016.

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